vendredi 7 juillet 2017

Tour de France : quand les coureurs se reposent, les collectivités bougent

"C'est déjà une chance d'avoir le Tour. Dans une version arrivée, c'est formidable. En version arrivée-départ, c'est extraordinaire. Et quand vous avez la journée de repos qui se greffe entre les deux, c'est historique." Ces mots d'Emmanuel Boyer, directeur du développement à la mairie du Puy-en-Velay, rappellent que sur le Tour de France, si toutes les collectivités d'accueil de la course sont mises en lumière, certaines le sont plus que d'autres…
Chaque année, pour accueillir le Tour de France, les collectivités déroulent le tapis rouge à l'organisateur ASO (Amaury sport organisation) et mettent la main à la poche. Il en coûte ainsi 70.000 euros pour être ville de départ et 110.000 euros pour être ville d'arrivée. Et tout cela au nom de retombées directes et indirectes qui permettent de multiplier sa mise dans des proportions à faire rougir de jalousie un usurier ! Bien entendu, en termes de retombées, être ville de grand départ fait passer la collectivité choisie dans une autre dimension. Mais là, le ticket d'entrée n'est pas donné à tout le monde. Le département de la Manche a versé 4 millions d'euros à ASO en 2016. Cette année, Düsseldorf (Allemagne) a signé un chèque de 4,5 millions pour bénéficier de l'attention du monde entier durant plusieurs jours.
Entre ces deux situations – simple ville-étape ou ville de grand départ –, il est une situation très intéressante mais aléatoire : accueillir une arrivée, un départ… et une journée de repos entre les deux. Car comme le stipule le règlement de l'Union cycliste internationale, les grands tours (France, Italie et Espagne) doivent obligatoirement offrir aux coureurs deux jours de repos répartis de façon équilibrée durant les trois semaines de course.

De la chance, mais pas uniquement

Pour l'édition 2017 du Tour de France, les journées de repos auront lieu les 10 et 17 juillet, respectivement en Dordogne et au Puy-en-Velay. "Nous étions candidat pour le maximum de choses, explique Emmanuel Boyer. Mais pour avoir la journée de repos, il faut avoir un peu de chance, que cela tombe au bon endroit par rapport au tracé et au calendrier de la course." Le Puy a donc eu de la chance, mais pas uniquement. "Christian Prudhomme, le directeur du Tour, a fait tout ce qu'il fallait pour que la ville du Puy ait cette journée de repos. Il sentait qu'il y avait chez nous une envie, une motivation, et il trouvait que Le Puy était un endroit sympathique pour la détente durant vingt-quatre heures de ceux qui suivent le Tour et le font vivre", ajoute Emmanuel Boyer.
Pour Le Puy, le Tour 2017 va donc être "un acte fondateur". "Jusqu'à présent, nous avions un tourisme de passage, explique Emmanuel Boyer. L'ambition est d'aller vers un tourisme de destination. Les trois jours de présence de la caravane du Tour seront l'occasion de montrer que la ville est une destination, que s'y déroulent des expositions culturelles, des animations tous les soirs." Le programme sera donc dense et éclectique : mobilisation des grands chefs et des agriculteurs pour montrer les savoir-faire du terroir ; animations populaires ; concerts nocturnes ; spectacle de lumière sur les principaux monuments de la ville ; exposition Picasso ; et bien entendu animations sportives impliquant les clubs cyclistes de l'agglomération.
En Dordogne, un an après l'ouverture de Lascaux IV – réplique exacte de la grotte de Lascaux –, l'idée est de se montrer aux yeux du monde entier. Et le département ne lésine pas sur les moyens : cela a commencé par une opération exceptionnelle de promotion à Düsseldorf même, à l'occasion du grand départ, où le département a été la seule collectivité française à proposer un marché de producteurs et une promotion touristique. Cela se poursuivra par l'accueil à Eymet, dernière étape périgourdine du Tour 2017 le 12 juillet, d'une délégation du Yorkshire pour assurer la promotion du Périgord en Grande-Bretagne. Et pour ne rien laisser au hasard, le conseil départemental de la Dordogne a participé avec France Télévision à un tournage sur les sites emblématiques du Périgord qui fera l'objet d'un feuilleton dans le journal de 13 heures de France 2 durant cinq jours avant diffusion dans près de 200 pays.

Un budget pour animer le territoire

Economiquement, l'opération est bien entendu plus onéreuse que l'accueil d'une simple étape. Pour la Dordogne, l'indemnité versée à ASO est de 300.000 euros, une somme répartie entre le département (100.000 euros), le Grand Périgueux (50.000 euros), la ville de Périgueux (50.000 euros), la Communauté d’Agglomération Bergeracoise (45.000 euros), la ville de Bergerac (45.000 euros) et la ville d’Eymet (10.000 euros). Au Puy, l'enveloppe, prise en charge par la ville et l'agglomération, est légèrement moins élevée : 260.000 euros.
Mais les dépenses ne s'arrêtent pas là. Entre l'indemnité versée à ASO et les actions de communication et de promotion, ce sont 500.000 euros que Le Puy a investis, avec un soutien exceptionnel de 150.000 euros de la région Auvergne-Rhône-Alpes dans le cadre du pacte Haute-Loire. La Dordogne, de son côté, met 150.000 euros supplémentaires sur la table pour l'animation autour du Tour.

Une mise largement remboursée

Lors de grandes manifestations sportives, il n'est pas rare que les véritables retombées positives se situent dans le seul champ social – plus de pratiquants dans les clubs, une population dont le moral est regonflé le temps d'un tournoi, etc. –, tandis que les lourds investissements publics dans les infrastructures grèvent pour longtemps les budgets des collectivités. Avec le Tour de France, il n'en est rien. Certes la mise aux normes des routes et la réfection des chaussées sur le tracé de la course a un prix. Pour le département de la Dordogne, il est d'environ 800.000 euros pour l'édition 2017. Mais comme aiment à le répéter les responsables départementaux, il s'agit de travaux qui auraient dû être faits à un moment ou à un autre et qui bénéficient immédiatement à toute la population.
En revanche, les retombées économiques sont bien au rendez-vous. "En 2014, pour une seule étape courue entre Périgueux et Bergerac, nous avions chiffré les retombées sur le département à 7 millions d'euros. Avec ces trois jours, nous espérons dépasser très largement ces chiffres", estime Nicolas Platon, directeur de la communisation du département de la Dordogne.
Même son de cloche au Puy : "Rien que les 6.000 nuitées de toute l'organisation et des suiveurs du Tour dans tous les hôtels à soixante kilomètres à la ronde, c'est trois fois la mise des collectivités réinjectée dans l'économie locale, pointe Emmanuel Boyer. Il y a encore les retombées en termes de consommation et de tourisme, et la médiatisation, difficile à quantifier mais qui représente des millions d'euros si on la rapporte à une publicité à la télé. Pour un euro investi, on devrait être sur les trois jours à 8 à 10 euros réinjectés dans l'économie en direct." L'estimation restera cependant au conditionnel. Ni la Dordogne ni Le Puy n'ont prévu d'étude a posteriori sur les retombées économiques de l'accueil du Tour.

(Localtis)


éditions Chistera

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Journaliste spécialisé dans l'actualité sportive, j'ai collaboré, entre autres, à So Foot, Libération, Radio France Internationale. Aujourd'hui, je suis particulièrement les politiques sportives au plan national et dans les collectivités locales pour Localtis.